RONDOS

 

Les cycles de la couleur, de la lumière et du temps

Cercles isolés, jumelés ou en triptyques, cercles qui rougeoient, solaires ou crépusculaires, qui alunissent cendrés, se recentrent ovulaires, cercles qui s’évident parfois en rayons de vitesse et en ce mouvement perpétuel qui crée le vertige, cercles qui tracent la grande roue des hasards, scintillent en galaxies, sans doute ils absorbent finalement le carré. Leurs propos cependant ne s’arrêtent pas là, et ils réservent encore bien des surprises si on prend la peine de les regarder recto/verso.

Réalisés sur un matériau industriel à texture lâche, la couleur déposée sur la face recto est littéralement absorbée par la face verso dans le caprice de mélanges ou de points de force insoupçonnables au regard de la matité de la face recto.
Peut-on alors parler de couleurs mutantes ? On peut y constater assurément une vie de la couleur furtive, une alchimie intérieure imprévisible ,un dialogue surprenant entre surfaces peintes, surfaces traversées, surfaces imprégnées, qui appelleraient encore à bien des métaphores.
De surcroît, ces toiles jouent sur un mode presque impertinent avec la lumière. Présentée prés d’une source lumineuse, elles se transforment, s’irisent d’argentures, de bleuissures, s’évident par endroit, flambent à d’autres. Kaléidoscope retenu par le regard au gré de l’heure, de l’éclairage, de l’inclinaison du support. La vitesse de la lumière est donc inscrite là, et avec elle la relativité d’un espace temps dans laquelle s’inclut l’aléa de la pigmentation, la perception de l’œil et la lecture subjective que l’on en fait . Un cycle du temps en avancée.
Dans cette ouverture de la terre vers l’élargissement, Marie-Elisabeth Collet ne perd pas. Elle sait ce qu’elle doit à la couleur et à la lumière. Aussi, pour fermer la boucle des probabilités a-t-elle décidé de plier, de coudre parfois ses toiles l’une à l’autre par un des côtés de leur carré qui, de chute en chute , finissent par constituer de grands cônes drapés dans l’enroulement de l’air, cet air qui nous conditionne sous sa calotte, nous tient en survie mais nous empêche de voir au plus loin. Et donc, les grands cônes gardent au secret le pouvoir qu’ils détiennent du signifié au signifiant.

A ce stade, certains ont pu établir des points de comparaisons, mêmes indirectes, entre cette dernière recherche d’Elisabeth Collet et les travaux pratiqués aux alentours de années 70 par le groupe Support Surface. Cependant, mise à part la pratique de l’empreinte, la problématique pragmatique développée par ce groupe sur l’analyse des moyens tangibles de la peinture, est diamétralement opposée aux préoccupations de l’artiste, lesquelles restent essentiellement attachées à l’énigme posée par la quintessence de la matière.
D’ailleurs, Marie-Elisabeth Collet en témoigne en opérant, parallèlement à son œuvre peint, un retour à la terre qui nous porte, dans une acceptation sans hésitation. Travail de la glaise, travail des mains, travail aux sources. Elle pétrit, façonne des urnes ocres et y nidifie les œufs d’une aube virginale. Commencement et recommencement. Elle couche encore le rouleau de bois pétrifié sur la plaque d’un sol nu, comme un précieux parchemin aux écritures indéchiffrables. Elle sacrifie aux mystères de cette matière et à ses éblouissements en modelant de grande conques de céramiques hérissées de chromatismes précieux, tactiles mais vibrantes et à l’instar de stratosphères, parcourues de voies lactées, mouchetées de cratères et de failles, irriguées par les pulsations de veines diaphanes. Vasques d’offrandes sacralisées, à déposer sur l’autel des munificences de la nature.« Si nous oublions notre habitude culturelle de l’art, nous n’échappons pas , devant l’œuvre de Marie-Elisabeth Collet, à l’interrogation : Qu’est-ce que la peinture prétend faire ? » écrivait encore en 1989 Françoise Armengaud.

De la figuration à l’abstraction, dilemme dont on a suffisamment débattu à toutes les époques pour ne pas y revenir, il semble que Marie-Elisabeth Collet propose une sorte d’ordre du concret à travers la représentation de l’organisation de l’univers au centre duquel l’homme tente de se placer. En manière de réponse à ce passage de la substance à l’élément, elle bâtit alors picturalement une dense et magistrale mythologie des formes et des couleurs, assortie aux dictats du temps et aux oracles de l’espace.

Marie Lou Lamarque